Si le monde était animé par la religion, si les directions que prennent les états dans
la gestion de leurs peuples, de leurs rapports les uns avec les autres, et notamment avec leur jeunesse, devaient leur orientation à une croyance forte, quel pourrait bien être le dieu le plus
proche ?
Pour le lecteur de la bible, il y a assurément une certaine ressemblance avec le dieu
de l'ancien testament, le dieu vengeur, celui qui punit la faute jusqu'à la septième génération*, celui qui pourchasse le coupable jusqu'en la terre sous laquelle il se cache**
Parfois même ce dieu se situe bien avant.
Il est celui qui réclame, plus que l'antique loi du talion, "pour un oeil les deux yeux, pour une dent, toute la machoire"
Tolérance zéro, réponse disproportionnée à l'offense, même lorsqu'il s'agit d'hommes non encore matures.
L'humanité n'est-elle pas en train de régresser ?
Souhaitons qu'il ne s'agisse que de l'ultime crise de ce cycle que les hindous nommait kali yuga*** et qui voit la domination du fer et le règne de la quantité.
Souhaitons ...
Et prions nos dieux intérieurs, de nous accorder la capacité du recul face à ce
déchaînement de fureur, à cette spirale qui emporte tout et affaibli notre capacité à percevoir l'autre.
Il y a dans les plaines immenses qui peuplent nos esprit des potions magiques, des
philtres d'amours à concocter pour préserver ce qui reste en
nous d'humanité.
Avec ou sans ce savoir qui nous avertirait que ce qui importe est moins la vertu
supposée des plantes que l'effort, le désir et l'ardeur mise dans l'entreprise elle-même.
Il est une herbe que l'on donne pour soigner les langueurs se nichant dans la
poitrine, et qui n'aurait de pouvoir que dans cette variété particulière qui pousse à des hauteurs de chamois sur des pentes particulièrement raides à la condition expresse de n'être touchée que de
la main de celui qui en a besoin.
Le mage qui la prescrit se garde bien de dire que ce qui soigne ... c'est la promenade, pour le reste l'herbe des prés suffirait.
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* Il est ici malheureusement pris à la lettre, alors qu'une interprétation est possible en direction de la réincarnation.
Interprétation qui est plus compréhensive, moins barbare.
** Il s'agit là de trait dominants en aucun cas exclusifs.
*** Hésiode :
"C’est maintenant (l’âge des hommes) de la race de fer. Ils ne cesseront ni le jour de souffrir fatigues et misères ni la nuit d’être consumés par les dures angoisses que leur enverront les
dieux. Du moins trouveront-ils encore quelques biens mêlés à leurs maux. Mais l’heure viendra où Zeus anéantira à son tour cette race d’hommes périssables : ce sera le moment où ils naîtront avec
des tempes blanches. Le père alors ne ressemblera plus à ses fils ni les fils à leur père, l’hôte ne sera plus cher à son hôte l’ami à son ami, le frère à son frère, ainsi qu’aux jours passés. A
leurs parents, sitôt qu’ils vieilliront, ils ne montreront que mépris ; pour se plaindre d’eux, ils s’exprimeront en paroles rudes, les méchants ! et ne connaîtront même pas la crainte du ciel.
Aux vieillards qui les ont nourris, ils refuseront les aliments. Nul prix ne s’attachera plus au serment tenu, au juste, au bien ; c’est à l’artisan de crimes, à l’homme tout démesuré, qu’iront
leurs respects ; le seul droit sera la force, la conscience n’existera plus. Le lâche attaquera le brave avec des mots tortueux, qu’il appuiera d’un faux serment. Aux pas de tous les misérables
humains, s’attachera la jalousie, au langage amer, au front haineux, qui se plaît au mal. Alors, quittant pour l’Olympe la terre aux larges routes, cachant leurs beaux corps sous des voiles
blancs, Conscience (Aidos) et Vergogne (Némésis), délaissant les hommes, monteront vers les Eternels. De tristes souffrances resteront seules aux mortels : contre le mal, il ne sera point de
recours."
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