La disparition de Nicolas Sarkozy au premier tour des élections présidentielles françaises n'est qu'une demi-surprise. En effet, bien que soutenu par la plus grande minorité de l'électorat, on pouvait s'attendre à un tel résultat, du fait des innovation électorales importantes intervenues récemment (auxquels celui-ci s'est opposé pendant des années, avant que celles-ci triomphent*) - Le nouveau système de vote mis en place à la suite du référendum de 2011 n'a pas été favorable au candidat de l' UPM (Union Pour Moi)Comme certains analystes le pressentaient, la possibilité du vote contre (au lieu du vote pour) a joué contre l'homme politique le plus impopulaire de France.Ainsi, même si plus de 30% de l'électorat a voté pour lui, 20% ayant également voté contre, Nicolas Sarkozy se retrouve en troisième position avec 9 234 456 voix - 2 955 026 voix, soit 6 279 430 voixalors que Ségolène Royal et François Bayrou n'ayant eu respectivement que 7% et 8% de votes négatifs ont un capital voix, l'une de 7 141 313 voix - 499 892 voix, soit 6 641 421 voixet l'autre de 7 202 876 voix - 576 230 voix, soit 6 624 666 voix
Le candidat recalé n'a pas encore réagi. Apparemment la publication à l'avant dernier jour de la campagne de statistiques rendant compte d'une embellie inopinée de l'emploi, de la sécurité
routière et civile, ainsi que l'annonce d'une augmentation des petites retraites et du SMIC (tous deux bloqués depuis 5 ans) n'aurait pas eu l'effet escompté.Celui que ses opposants ont appelés MegaMenteur (un cran au dessus de Jacques Chirac, qualifié en son temps de SuperMenteur par des marionnettes nommées à l'époque "Guignols de l'info"**) n'ont, semble-t-il, pas donné foi à ce bilan, sauvé, comme dans les westerns américains, par une cavalerie surgie à l'ultime seconde.Les deux candidats qualifiés au second tour se sont félicités du choix des français, apprécié comme "celui de la recherche consensuelle".
Du fait de ce nouveau système, "rompant avec le gouvernement d'une petite partie de la population, contre le plus grand nombre, désormais le président des français sera non pas celui qui dispose de la plus grande minorité, mais la femme ou l'homme qui sera "en somme" la (le) plus consensuel.Rupture avec les conflits stériles de camps retranchés n'ayant pour objectifs que la conquête du pouvoir ?
L'avenir nous le dira ...
* Pétition de plus de deux millions de français en 2010
** disparues des écrans en Aout 2007
Rappelons que les fondements de la réforme électorale incluent notamment la théorie du meilleur choix et son fameux exemple du restaurant
Un grand nombre de personnes décident d'aller manger au restaurant,
si on leur demande simplement leur préférence il est possible que l'on obtienne un résultat du genre
30% veulent manger chinois
20% préfèrent un hambuger
20 % un restaurant classique d'un prix modique
15 % un kébab
10 % un restaurant de grande classe
5 % un sandwich
Si on les interrogent à propos de ce qu'il ne veulent absolument pas manger, il est tout à fait possible que 30% dans le lot, ne souhaitent pas du tout manger chinois
10 % ne veulent pas manger trop cher
...
La manière de déterminer le choix peut, tout en restant démocratique, privilégier le consensus, ou la majorité pure ("brutale" celle qui ne tient pas compte de l'intensité du choix).
Il est rare que dans le choix d'un restaurant, on procède comme pour celui du président de la république à la manière française, il y aurait à l'arrivée, trop de mécontent.
Dernière remarque : contrairement à ce que certains pourraient affirmer, le choix obtenu lorsque l'on peut voter contre une des options que l'on vit comme très négative, n'est pas du tout un choix mou.
Il y a seulement élimination des propositions qui pourraient, si elles étaient adoptées, empécher l'adhésion optimale possible.
Pour voter contre, il faut en effet renoncer à appuyer "son choix" et c'est une décision qui coûte et que l'on ne prend donc pas à la légère.
De plus, avec une telle procédure de prise de décision, lorsqu'il s'agit de proposition d'action, de programme, d'élection, il n'est plus possible de mépriser ouvertement une partie de ceux qui peuvent s'exprimer, ni de susciter davantage de craintes voir de peur, que de désirs positifs.
Dernière minute : On peut s'interroger sur la portée de l'ultime sondage (produit le jour même et publié 30 min avant l'interdiction) bricolé par le CSA et donné sans les précautions d'usage (1% d'écart n'a aucun sens lorsqu'on connait la marge d'erreur de tels prélévements d'opinion) sur le vote Bayrou.
En effet, il constitue dans tous ses éléments un message des plus explicites à l'intention de ceux qui souhaitent s'opposer à la mise en trône du candidat Sarkozy
"Le Pen est devant Bayrou, vous devez donc voter Royal"
"Elle ferait jeu égal avec Sarkozy au second tour, c'est donc la candidate du vote anti Sarkozy"
On peut assurément penser que cette manoeuvre a coûté au moins trois points à François Bayrou.
Par Luc Comeau-Montasse
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Publié dans : France - campagne présidentielle 2007
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