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Du fagot des Nombreux

Mardi 27 septembre 2005

Dimanche,
septième jour : Je ne veux pas l´apprivoiser, je veux la voir vivre.

Elle s´est éveillée en même temps que les cris d´oiseaux.
Et je ne saurais dire de quelle manière son corps, aussi horizontal et immobile qu´un marbre funéraire, se trouva soudain fièrement dressé sous le ciel.

Son premier regard a été pour moi, même si rien dans son visage n´a marqué
une quelconque surprise, et si, détournant négligemment sa tête, elle sembla ensuite m´ignorer, s´accroupissant pour cueillir une scabieuse.

Présentant dans sa direction les paumes de mes mains, pouces orientés vers le
haut, je m´efforçai alors d´adresser dans sa direction une invite, de toute mon âme ... de tout mon coeur.

Mais très vite, je me ravisai.

Je ne veux pas l´apprivoiser, je veux la voir vivre.

Les deux mains jointes autour de la fleur, elle s´approcha de moi, me donna
un peu de cette odeur discrète et bleue, puis fixa la tige dans les cheveux qu´elle avait noirs, et ronds comme ceux d´un page.

Toute la journée - à quelques pas l´un de l´autre - ne fut qu´une longue
promenade. Tantôt guidée par la jeune femme, vers de petites grottes chaudes et intimes comme la bouche d´une baleine et que son pas semblait inventer, tantôt par moi même, dans les différentes étendues liquides de toutes natures qui se découvraient à chaque nouveau mouvement du terrain.

Nous prîmes même un bain dans une eau claire et pourtant noire autant que les roches qui l´enserraient.

A plusieurs mètres d´Elle, malgré la sensation troublante de toucher son corps par l´intermédiaire de l'onde qui nous unissait, je n´eus à aucun moment l´envie, ou l'idée même, de me rapprocher de sa peau.

Lorsque la nuit tomba, nous étions l´un et l´autre à l´écoute des derniers
chants d´oiseaux, assis sur de vastes pierres plates et lisses, assez proches l´une de l´autre.

J´osai alors parler.

Non ! Pas de "phrases à transporter du message", d´elle à moi ou le contraire, mais d´objets finis, de ces vases accueillants tant aux liquides, aux fleurs, qu´aux lumières de la vie, et que les pages des livres nomment parfois poésie.

Celle qui boit dans le creux de ma main
sa cheville
son genou
sa hanche
à
 chaque instant
mes lèvres oublient
se souviennent à jamais
de leur parfum
pluie d'orage
pluie d'été qui redonne la vie
aux gorges vertes que le soleil avait brûlées
eau qui coule au front du blessé

celle qui boit dans le creux de ma main
me donne la vie au toucher de sa bouche
et la musique de ses yeux
consume ma douleur et ma joie
bois parfumé
qui se meurt pour embaumer
...

celle qui boit ma main

La réponse en chair fut semblable à ce que ma bouche venait de prononcer, et
a belle me rendit, geste pour mot, toutes les caresses en souffle de mes lèvres.

Elle restait pourtant sauvage et lointaine, et cette distance entre nos âmes donnait au désir une immense cage de résonance qui amplifiait chaque frisson, renforçait chaque étonnement, produisait un écho infini à chaque plaisir.

L´éternité durant laquelle je la tins dans mes bras, calme, presque assoupie,

la tête posée contre mon cou, une de mes mains sur sa poitrine à écouter ses

rêves, cette éternité là eut pourtant une fin, lorsqu´elle jaillit, à nouveau étrangère, comme je l´avais souhaité.

Depuis, nous parcourons le grand pays de verre : ses mers, exact inverse du

monde terrestre, - elle m´en a montré le chemin - ses montagnes, parcourues

de sentes agrippées à leurs flancs, ses forêts, aussi changeantes que le vent ou l'éclat apparent des étoiles.

Et dans nos voyages, nous sommes toujours suffisamment loin l´un de l´
autre pour qu´aucune ombre ne nous cache ce monde merveilleux, pas plus que l´unique être vivant qui compte à nos yeux.

Je ne veux pas l´apprivoiser, je veux la voir vivre.

Par Luc Comeau-Montasse - Publié dans : Plume - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
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Commentaires

je ne sais combien de fois l'ai relu
magie intacte...
d'une beauté indicible.
Commentaire n° 1 posté par Russalka le 28/09/2005 à 23h27
J'accepte ce compliment largement immérité
mais qui réchauffe autant que le soleil de Calabre présent sur cette dernière photographie
merci Russalka
Commentaire n° 2 posté par Luc Comeau-Montasse le 29/09/2005 à 18h35
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                  se sent l'âme virile
Peu me chaut qu'il marie
                  en croisant cette chair
Un sexe que d'aucun
                 jugeront incivil
au prétexte d'un souffle
                 au bout de sa bannière

La photographie est menteuse
elle ne montre à l'oeil que
ce qu'il a envie de voir
...
merveilleuse invention !

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Ils étaient si habiles
de la part mécanique
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même les êtres inanimés
dissimulaient leur nom

de peur que
ces créatures de raison pure 
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tu es un politique
et tu veux une majorité
pour te porter
au fauteuil de tes rêves ?

...
chaque jour tu montre du doigt
une catégorie minoritaire
(nous le sommes tous)
si possible avec des effectifs
tout de même significatifs

et à chaque fois
tu as avec toi

70% des français
qui tappent sur les autres
et qui sont contents
que tu t'occupes de leurs
côtes


et ce,
chacun à son tour


le pire
c'est que ça marche




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