Vendredi 12 décembre 2008
A.J. : « ...La valeur du mythe fondateur consiste en sa
possibilité
d'être transformé par différentes
interprétations.
C'est un texte ambigu, impossible à
déchiffrer en son sens véritable,
qui ne peut être compris qu'à travers
diverses interprétations.
...
Si on annule un mythe fondateur, la
société s'écroule.
Pour transformer la société il faut
laisser intact le mythe fondateur et
uniquement lui donner une nouvelle
interprétation.»
L'habilleur fait à présent le spectacle
et donne à chacun
ce que son oeil est disposé à voir
et son coeur à croire.
Qui verra que les planches ne sont plus là
sous les pieds des acteurs
et que ceux-ci ne tiennent encore debout
que par la force de l'habitude
et par ignorance de cette chute progressive mais certaine qui les anime.
Ils ont cru saisir les paroles en les enfermant dans des formes normées
C'est ainsi qu'ils nomment connaissance la cendre des feuilles mortes
et société du savoir une boule de verre où flottent des paillettes de neige.
Le souffle est là et cherche
un esprit pour croire encore en la vie.
A.J. : « Nous nous laissons berner par le point légendaire qui,
unissant au
sommet les côtés, peut donner naissance à la pyramide.
Tentant de passer par le chas d'une
aiguille, nous
attendons, que demain
nous apporte ce que nous ne
comprenons pas
aujourd'hui,
mais le Héros s'aventure dans les
ténèbres du mental
pour conquérir
l'oubli, fruit de l'arbre d'éternité.
La mémoire véritable est celle de
l'argile avant que Dieu
ne la transforme en le
corps d'Adam.»
Ils ignoraient que le regard n'a pas de limite
non seulement en direction de l'horizon
- cela était connu d'eux
et suscitait leurs envies de conquête et d'annexion -
mais aussi de l'autre côté
celui plus obscur
dans les premiers instants de sa découverte
celui plus infini encore
de l'espace intérieur
et de la multitude d'univers plus vrais que le réel
qu'il abrite
et nourrit.
Ils ignoraient cela et cette
ignorance
protégeait
pour tous ceux qui savaient le chemin de la descente aux envers
le délice parfumé de
l'errance.
A.J. : « Tout ce qui est nommé fait partie du Monde.
Le Tout est le seul moi-ici-et-maintenant
possible.
...
Le monde est la somme des
fictions.»
Tout ce que j'ai pensé, le Monde l'a déjà créé
ainsi en est-il de ce fil dont aucun brin n'effeure la matière d'un autre
alors même qu'il n'existe aucun espace sur le chemin qui ne soit fibre
Mais aussi bien sur,
comme le veut la loi de l'Inversion
- celle que l'Hermes trois fois vivant énonça en ces tables d'eau translucide -
tout ce que le Monde a pensé
en moi, en écho, il l'a créé.
Telle est la raison
- que cherchent désespérément
ceux qui errent dans leurs propres artifices -
pour laquelle la matière et la pensée se rencontrent et se
pénêtrent
A.J. : « Un jour, à l'improviste, se manifestera à nous la totalité de
l'univers.
Elle viendra se présenter en ronronnant
devant notre conscience limitée,
comme une chatte gigantesque mendiant les caresses d'un maître de pierre.
Au lieu de vouloir la voir, nous
entrerons dans ses yeux pour voir comme elle nous voit.»
Ces milliers de portes, fenêtres, murailles
qui te permettent la solitude
et dont l'existence est une cascade de miracles
à bilan inutile
ce néant dont le mouvement te donne
le lieu que tu habites
et la plupart de tes pensées
sais-tu que le doute,
une goutelette de doute véritable
te le ferait aussitôt disparaître ?
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