- Tu es resté le même gosse qu'autrefois, observa Félix.
- Pas cela non plus. C'est loin ces sottises. Pour moi, comprends bien, il n'y a jamais eu que la vie au jour le jour.
On en revenait sans cesse à cette fichue mentalité.
- Clair comme l'aurore, disant Tiburce.
Je ne peux pas entrer dans une affaire toujours la même.
Vous autres, vous êtes nés pour la vie éternelle
moi, je ne veux songer qu'à des choses passagères.
Un délice !
Qui me ramène à mon ex-libris des années 1980
Le pendu des arcanes majeures du tarot de Marseille
avec la devise
"De passage"
*
Aujourd'hui,
je crois que je ne passe même plus
je me dissous
je m'effrite
et ça m'est
...
un délice.
(merci Viviane pour la correction de coquille)
Le livre duquel j'ai repris cette ancienne ombre portée est du à Dom Neroman
c'est un commentaire du Timée de Platon qui n'a pas d'égal
(
réservé aux amateurs de l'harmonie des sphères)
lbtlr
Par Luc Comeau-Montasse
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Il y en aura de moins en moins
de ces enfants qui osent tenter de prononcer l'imprononçable
et jeter ainsi des cris en forme de galet à ricochet, de grain de granit à lance-prière ou de gerbe de pétale de fleurs pour surprendre un amour (à présent ce geste se fait plutôt à l'occasion de SON enterrement)
Mais dans les livres d'André Dhotel
ils crient encore
loin des lieux où l'on évalue précocément la délinquence
en questionnant celui qui pourtant ne parle pas
"Quand cette buse reviendra, je la tuerai. Hodeïdah!
Hodeïdah! répéta Placide.
Depuis des jours, Alexis avait suivi le vol de cette buse qui détruisait les jeunes perdrix du terroir, et il avait découvert son nid, un peu en retrait de la lisière.
Il avait résolu de la guetter du haut de ce grand arbre et de l'abattre à son retour. Mais pourquoi, après avoir affirmé une nouvelle fois sa décision, prononçait-il cette exclamation insolite : Hodeïdah?
Alexis parlait toujours sur un ton modéré, même presque à voix basse, à cause de cette habitude qu'il avait prise de s'accorder au silence des bois ou de l'étang et à la méfiance des bêtes. Cependant, de temps à autre, il éprouvait la nécessité de lancer une sorte de cri.
Comme il ne voulait pas vraiment crier, il s'était avisé de prononcer des exclamations contenues, mais qui ressemblaient à un cri à cause de leur étrange sonorité.
N'importe quel nom, qu'il avait trouvé dans les dictionnaires. Un nom de ville, de plante, de minéral, pourvu qu'il fût tout à fait saugrenu.
Peut-être Alexis voulait-il signifier ainsi qu'il y avait en lui ou autour de lui quelque chose d'inexprimable et que jamais il ne parviendrait à comprendre."
André Dhotel
"L'enfant qui disait n'importe quoi"
La bibliothèque blanche - Gallimard
Illustrations de Giani Esposito
en-fans signifie précisément "celui qui ne parle pas"
Par Luc Comeau-Montasse
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André Dhotel m'avait pourtant souvent parlé de ces lieux où l'on se perd dans une vingtaine d'arbres et trois clairières,
de ces terres qui se jouent du promeneur et lui tordent en douceur la boussole interne au point qu'il devienne incapable même de vouloir retrouver son chemin.
Mais j'ai mis longtemps à accepter que l'on pouvait souhaiter cette perte de repère, ce danger - pour celui qui vit constamment dans l'angle droit du carrelage, des rues et des murs - des courbes qui s'embrassent, cet illettrisme d'un second niveau qui oblige l'oreille à se faire attentive aux nuances, puisqu'aucun code ne vient plus réduire le flou à quelques teintes.
André Dhotel m'a entretenu tout au long de ses lignes tendues paresseusement à travers son chant, de ces ruisseaux où le poisson se donne à l'hameçon pourvu qu'on lui promette une cuisson à feu doux.
Et pourtant, j'ai continué pendant des années à regarder le feu comme un domestique.
Par Luc Comeau-Montasse
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Le titre de ce billet peut sembler provocateur
Il n'en est rien
Le fait qu'André Dhotel n'ait pas de lecteur est avéré,
tenter de faire pénéter quelqu'un dans ce monde est une tache quasi impossible
par sympathie
l'ami vous dira peut-être qu'il trouve cela harmonieux voir même un tantinet poétique
mais
comme pour un plat dont on a mangé par politesse
il n'en reprendra pas.
Non
André Dhotel n'a pas de lecteur
Et à qui pose la question qui semble aller de soi
"Mais alors, qui sont ces quelques centaines ou milliers d'humains qui achêtent (ont acheté) systématiquement chaque roman de ce frère de Rimbaud
et traquent impitoyablement ceux qui leur ont échappé"
La réponse est aisé
mais se cache par pudeur
dans l'intimité des créatures concernées :
Ce sont ses personnages
nés par hasard à l'extérieur de ses romans, de ses poèmes, de ses essais
et donc un peu étonnés d'être là au dehors
pour eux
cette lecture est bien plus qu'un moment agréable
un instant de bonheur
c'est une nécessité vitale
comme l'est pour le dauphin
celle de reprendre de temps à autre sa respiration
à la surface.
Par Luc Comeau-Montasse
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