1 Mai 1794 2 Mai 1794 3 Mai 1794 4 Mai 1794 5 Mai 1794 6 Mai 1794 -1
Avec les dernières gouttes d'l'encrier, j'termine çte p'tit journal avec d'la peine, vu qu'j'avions d'plus en plus d'mal à t'nir la plume.
Blanche et moi, on va surement vend' tout ça : la maison, les meubles et tout l'tintoin, et nous r'tirer dans mon village natal près de ç'qui m'reste de famille.
On aurait du faire ça d'puis bien longtemps.
J'ai ben du mal à comprendre pour coué on est resté dans ç'te maison de la mort d'puis plus d'dix ans.
Comme j'avions promis à Monsieur Thaelm j'propos'rai la vente à son ami l'fermier général Lavoisier, dès qu'ces gens du comité d'salut public l'auront laissé sortir d'prison.
Ca m'soulagera bien d'savoir qu'c'est un homme de la science qui va récupérer tout ça.
(signature quasi illisible) Alphonse Fetter à Paris ce jour.
Au dos de l'ouvrage se trouve la figure suivante
(Note : Le 8 Mai 1794 Antoine Laurent de Lavoisier, créateur de la chimie moderne est condamné à mort, puis guillotiné.)
Par Luc Comeau-Montasse
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1 Mai 1794 2 Mai 1794 3 Mai 1794 4 Mai 1794 5 Mai 1794 6 Mai 1794 -1
Parait qu'j'ai dormi un jour plein, d'après Blanche !
Pourtant, j'suis encore bien fatigué.
C'est sûrement toute cette écriture qui m'a vidé l'âme et le corps.
J'suis allé jeter un oeil dans l'grand cahier et j'n'ai pas compris un traitr'mot d'tout ce que j'y ai pourtant griffonné ces jours-ci.
Alors j'l'ai r'mis là où j'l'avais dressé la nuit dernière, entre la vieille
bible juive d'not'bon maître, et un énorme bouquin tout rempli de chiffres avec un grand soleil sur la couverture en place du titre.
Par Luc Comeau-Montasse
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1 Mai 1794 2 Mai 1794 3 Mai 1794 4 Mai 1794 5 Mai 1794
(j'inscrit 6 Mai parce que je pense que la moitié de la nuit est dépassée
je me suis assoupi un instant sur le cahier)
Mon esprit est encore plein de brouillard.
Mais je crois que je redoute fort l'instant ou celui-ci se dispersera.
En refermant le cahier, je lis pour la première fois les mots sur l'étiquette blanche, au milieu de la couverture.
"L'inscription du vivant dans le cercle.
Premières décimales : codage biblique"
Seule la forme des lettres évoque quelque chose à mon esprit fatigué. Il me semble que leur sens a disparu.
Un doute me saisit.
J'ouvre le cahier, le feuillette et je m'aperçois que, des premiers mots tracés par Thaelm aux derniers déposés par ma main, l'écriture reste la même.
Aucune coupure ou rupture.
Je suis incapable de retrouver l'endroit où j'ai repris et continué le texte interrompu pendant plus de dix ans.
Sous la phrase que je me désormais incapable de lire, un dessin, à la plume comme tous les autres, bien que de petite taille, m'emplit le regard, jusqu'à ...
Par Luc Comeau-Montasse
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1 Mai 1794 2 Mai 1794 3 Mai 1794 4 Mai 1794
La plume m'a repris la main, et cette nuit, 5 heures durant, jusqu'à l'extrême limite de mes forces, j'ai écris dans le cahier de Thaelm.
Il est trois heures, le matin et je repose enfin l'objet sur l'écritoire, après avoir gravé ce que je sais être l'ultime phrase :
« Laissant par ces écrits le moyen de voyager, tant dans le monde du microcosme - qui détient le code du vivant - que dans celui du macrocosme - où les actes de toute créature s'inscrivent et se lisent - je peux désormais retourner au sommeil auquel l'achèvement de ce travail me donne droit.
Puissent l'âme éclairée, la main franche et le cœur ouvert, mettre ces connaissances au service de la vie. »
En dessous de ce dernier paragraphe me fixe, comme un arc en ciel posé sur l'horizon, le curieux dessin que ma main a tracé
(à suivre)
Par Luc Comeau-Montasse
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