Il y a trois mois que nous sommes arrivés à Aigly. Trois mois qui nous ont paru trois ans. Nous souhaitions la tranquillité. Nous avons été
comblés. La grande place (c’est la place Marchal), est entourée de commerces pimpants où l’on voit entrer un client par heure. l’Hôtel de ville est si imposant que personne n’ose monter
l’escalier en plein jour.
Il faut signaler le kiosque à musique où les fleurs tiennent la place des musiciens qui ne viendront jamais.
…
On ne prononce plus jamais le nom d’Emilie. Seul Edgard …
L’autre soir Edgard a dit ce nom dans un magasin de la place, et tous les clients et la marchande ont sursauté, comme s’ils avaient entendu l’incroyable cri chantant qui parfois s’est élevé du fond de la campagne.
Edgar apprendra peut-être un jour à se taire. Mais pendant longtemps, à Aigly, le premier venu vous dira que le canal est comme de l’émail bleu.Pour tout autre auteur, donner la fin de l'oeuvre serait retirer une partie de la joie de la lecture.
Avec André Dhotel, il n'en est rien,
en premier lieu parce que tout n'est jamais dit dans ses romans et que l'histoire s'en va ... bien au-delà de la quatrième de couverture, dans des lieux tout aussi inimaginables et banals qu'en le reste de l'histoire
mais surtout parce que le plaisir est bien au-delà d'un quelconque scénario (comme ils disent au cinéma)
Nous sommes loin ici des bandes annonces qui vident le film de toute sa substance.
La promenade d'André Dhotel en compagnie de la "Tribut Bécaille" est comme cet émail bleu, un signe dans le ciel que le regard de dix mille badauds ne saurait épuiser.














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