Documentaire :
Les stratégies de survie d’immigrés illégaux en Europe.
Clandestins au quotidien
Deux bidons attachés par une ficelle : c’est avec ce radeau de fortune qu’Oumar a tenté de traverser les 25 kilomètres de mer qui le séparent de l’Europe.
Dans le camp de réfugiés de Ceuta, une enclave espagnole en Afrique du Nord, il se penche avec d’autres sur une carte dessinée à grands traits sur une immense feuille blanche : « Ici, c’est l’Afrique ; nous, nous sommes là. L’Europe est de l’autre côté. Il n’y a que la mer qui nous en sépare. »
Malgré un premier échec, Oumar répète inlassablement son objectif : « L’Europe, l’Europe. »
Officier algérien déserteur, Zakari, lui, vit depuis dix ans en Allemagne. Il a quitté son pays « pour sauver [sa] peau » et parce qu’il ne voulait « pas prendre les armes contre [ses] frères » .
Un retour en Algérie signifierait la prison à vie ou une condamnation à mort. Pourtant, le statut de réfugié politique lui a été refusé. Il vit sans papiers, sans famille, ni horizon.
Avec une petite caméra, il filme sans fard son quotidien et envoie les cassettes à sa mère.
« J’ai une grande capacité d’adaptation », estime Edita. Qui en douterait ? Autrefois mineur, coiffeur, peintre en bâtiment, cet Equatorien, devenu travesti à Paris, partage son existence entre tapin dans le bois de Boulogne et soirées paillettes.
Ses précédentes expulsions et les délivrances au compte-gouttes de visas de trois mois n’entament aucunement sa détermination à vivre en Europe.
Tchétchène réfugiée en Pologne avec sa fille et son mari, Malika a quitté Grozny pour Moscou il y a plusieurs décennies ; en 1994, elle a abandonné son métier et son logement dans la capitale russe, convaincue d’être en danger pour avoir manifesté contre la guerre.
Au tournant de la cinquantaine elle démarre une nouvelle vie à Varsovie après avoir vécu avec sa famille dans un camp de réfugiés.
Traité en prison comme un criminel parce qu’il refusait son expulsion des Pays-Bas, Prince est ramené de force au Nigeria. Lui qui avait fui la misère et la violence est braqué par des hommes armés dès la nuit de son retour à Lagos.
Pendant plus d’un an, le réalisateur Andreas Voigt a accompagné ces sans-papiers dans leurs errances, de camps de réfugiés en centres de détention administrative, ou dans leur quotidien de clandestins à la recherche de moyens de subsistance.
L’Europe, crispée dans son rôle de forteresse assiégée, oublie que les migrants ont un visage et une histoire.
Ce documentaire nous le rappelle à travers une série de portraits sensibles et vivants, mais sans commentaire ni réquisitoire. Malgré les aléas d’une existence où tout peut basculer du jour au lendemain pour un contrôle de police ou une décision de justice, Oumar, Zakari, Malika et les autres assument leur décision : sur une planète où le nomadisme et les échanges sont valorisés, ils ont fait le choix de partir, d’aller vers d’autres horizons.
Malgré la précarité et les désillusions, aucun ne regrette son choix, aucun n’envisage d’y renoncer.
Production : A Jour Film, Barbara Hetz, Filmproduktion, Arte, NDR.
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