La route était toute en sinuosités douces à travers la campagne du plateau de Gravelotte et l'homme qui tenait le volant avait une belle assurance, maîtrisant le véhicule, probablement une voiture de sport connue de tous les adolescents mais dont j'ignorais l'existence le matin même, à la perfection.
Responsable d'une agence immobilière messine, c'était à sa vitrine qu'une « petite maison lorraine » avait attiré mon regard. Un quart d'heure après avoir poussé la porte de l'agence, il m'emmenait la visiter.
- Nous ne sommes plus très loin
En moi-même, je pensais « tant mieux » car nous étions partis depuis près d'une demi-heure du centre de Metz et je ne souhaitais pas m'éloigner davantage de la ville et de mes habitudes messines.
- La prochaine à gauche et le village se trouve deux kilomètres plus loin.
Confirmant ses dires, il met son clignotant alors même qu'un véhicule roulant à vive allure émerge d'une courbe et s'approche sur l'autre voie.
Sans ralentir aucunement, paraissant même ne pas avoir aperçu le petit bolide qui fonçait dans notre direction, et avant même que je n'aie eu le temps d'intervenir de quelque manière que ce soit, mon chauffeur tourne vers le village,
les deux véhicules sont sur la même trajectoire, la collision est inévitable.
…
Aucun choc, rien !
Il ne s'est rien passé.
…
Le corps raide de peur, je parviens à lâcher
- Mais … sur la route … la voiture qui venait en face ?
Alors, j'entends cette réponse donnée d'un ton neutre par un visage lisse comme un lac souterrain, cette réponse qui tourne encore dans mon esprit à la recherche de son sens et surtout, d'un lien avec la réalité absurde que je venais de traverser
- Vous voulez sans doute parler de l'épave de 205 rouge et de ses trois loubards à bord – certainement des jeunes de Borny ! –
- (Dans un souffle je parviens à lâcher) Oui !
- Voyez-vous monsieur, ces gens là, je les ignore.Nous ne sommes pas du même monde !







Vous avez connu la vie au-dehors, avec ses menaces et ses incertitudes.







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