Au milieu du sentier, juste à l'instant où il lèche la clairière des cercles un petit garçon et un minuscule bout de fillette jouent comme tous les enfants :
le plus sérieusement du monde.
Plus d'une centaine de cailloux, dont une moitié blanche et l'autre plus ou moins noire, s'étalaient dans la poussière du chemin.
- J'en suis certain, nous n'en sommes vraiment pas loin
Ne vois-tu pas comme un début de tremblement dans l'air qui baigne ces pierres ?
- Je ne vois rien du tout ! Répondit une petite voix sucrée acidulée.
Rien dans l'air en tous cas.
Sur ! on dirait que le chemin attend quelque chose, qu'il écoute.
Mais des yeux, non je ne vois rien !
Tamel déplaça pour la millième fois l'une des petites masses minérales devant lui.
L'espace d'un instant, il y eut un léger
frisson de lumière.
- Tout prêt, oui !
J'ai bougé trop vite, c'était là, je le sens, à un grain d'espace, un rien ...
- Rien, oui !
Rien compris de ce que tu m'as expliqué quand tu as éparpillé tout cela par terre.
Rien du tout de ton "équilibre du blanc
et du noir"
- De la lumière et de l'obscur Damouce !
- C'est pareil !
En tous les cas, ça n'vient pas !
- Patience Damouce. Et puis, il n'y a pas que le résultat qui compte...
- Quoi aussi ?
Tamel allait répondre à la petite fille lorsqu'une fourmi chutant probablement d'une feuille du hêtre qui occupait le ciel au-dessus de leurs têtes, atterrit au bord du caillou que venait de
déplacer le jeune garçon.
A peine avait-elle rebondi sur la surface lisse et dense que la clairière sembla tituber, s'effondrer sur elle-même comme un ivrogne au bord de la perte de conscience.
L'ombre et la lumière s'étaient mêlées et
dans ces instants, proches du chaos primordial, Damouce, Tamel, et jusqu'aux oiseaux et autres animaux de la forêt, se taisaient.
Cela dura quelques secondes.
Peut-être beaucoup moins.
Puis peu à peu, les eaux du haut et celles du bas retrouvèrent leur place.
Tamel, un peu effrayé avait heurté volontairement l'un des cailloux du bout du doigt.
De ce jour, sans que personne ne sembla s'en apercevoir, la clairière des cercles ne connut plus une journée sans que la pluie ne l'arrose ni que le soleil ne l'égaye.














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