J'ai lu cette histoire dans un livre écrit pour la jeunesse (c'est d'ailleurs le titre de ce journal mensuel)
il y a un peu plus de 100 ans.
Ce que j'apprécie en elle c'est son rythme. L'auteur prend son temps, sans pour cela trainaller en route.
Par ailleurs, à la différence d'un grand nombre de chronique actuelles du même genre, il donne le sentiment d'être le résultat d'une longue observation, d'une expérience concrête et prolongée, le tout donnant sens à ce qui est narré là.
(je le donne en trois parties pour ne pas faire trop long)
LES CHIENS DES VILLES D'ORIENT
(sommaire)
Dans toutes les villes de l'Orient, on l'encontre dans les rues et sur les places une espèce de chiens qui vivent en liberté et n'appartiennent à personne.
Cc sont des chiens-loups de taille moyenne, fauves, le museau effilé, les oreilles (droites et pointues, et la robe en fort mauvais état, car ils sont généralement saignants, écorchés, couverts de morsures et l'emplis de poussière. Ces chiens font l'office de balayeurs publics : ils dévorent les immondices et nettoient la rue. Toujours affamés, toujours au guet, ils ont vite fait d'engloutir les débris de toute sorte qu'on jette dans les marchés ou il à la porte des maisons. Les Musulmans les tolèrent, à cause de ce service de propreté, qu'ils font avec une gloutonnerie si consciencieuse, malgré le mépris qu'ils ont pour ces animaux, considérés par eux comme immondes. Ces chiens sont d'ailleurs très-hargneux, se battant sans cesse les uns contre les autres, aboyant aux passants la nuit, et surtout aux Européens, dont le costume paraît les agacer particulièrement. 11 est vrai qu'ils ne poussent guère leur hostilité plus loin, il suffit de se baisser en faisant le geste de ramasser une pierre pour les mettre aussitôt en déroute. L'expérience leur a enseigné la valeur offensive de ce geste, et ils se mettent bien vite hors de portée du caillou imaginaire qu'ils croient voir entre les mains de l'homme.
Ces chiens si rébarbatifs sont tout à fait sauvages, et malgré les misères de leur existence indépendante, la faim, les coups de pierres, les coups de dents et les coups de bâton, ils tiennent singulièrement à leur liberté. Au Caire, j'en avais pris un petit, encore à la mamelle, qui se vautrait dans la rue avec ses petits frères, non sans avoir risqué de me faire mordre par la mère, qui s'opposait énergiquement il mes tentatives d'adoption. Je réussis à consommer mon rapt, et j'emportai mon petit chien dans ma maison, où je lui donnai du lait, et où je l'élevai très-bien.
Il grandit, parut s'attacher à moi, et se conduisit tout à fait comme un de nos chiens, sauf qu'il se montrait très-farouche à l'endroit des visiteurs qu'il ne connaissait pas, et faisait des tentatives peu amicales sur leurs mollets, dès qu'ils ne se tenaient pas en garde, mais, en dehors de ce caractère hargneux, il se conduisait très raisonnablement, et je lui avais même appris à faire le beau et à rapporter. Il vivait d'ailleurs en assez bonne intelligence avec les autres bêles de la maison, un singe très-malicieux qui lui jouait toute sorte de mauvais tours, deux mangoustes silencieuses et réservées; mais sournoises et batailleuses, et un aigle apprivoisé tout à fait pacifique et somnolent.
Il s'était pris d'une affection toute intime pour mon âne, et avait choisi son écurie pour chambre à coucher. Je le croyais donc tout à fait civilisé, lorsque, à la première occasion où l’on laissa ouverte la porte de la maison il prit la clef des champs, malgré les caresses et les succulentes pâtées dont je l'avais comblé.
(à suivre)
Note : les illustrations ne sont pas extraites de l'article qui n'en comportait pas, mais la revue était agrémentée de dessins au crayon tout à fait dans l'esprit de celles que je donne ici.
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